Toutes les croyances sont respectables, mais pas toutes les pratiques, en particulier celles de la Scientologie.
"En France, les sectes sont un non-problème", affirme Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet du président de la République dans un entretien publié par l'hebdomadaire VSD.
Elle y estime aussi qu'"on peut s'interroger" sur la menace représentée par l'Eglise de Scientologie, considérée comme une secte dans les rapports parlementaires français mais qui bénéficie du
statut de religion aux Etats-Unis notamment.
Selon VSD, Mme Mignon aurait ainsi qualifié de "scandaleuse" la liste rédigée par la commission parlementaire, où figure la Scientologie.
Elle aurait aussi indiqué que le gouvernement veut "transformer" la Miviludes qui, "à part publier des rapports annuels", "ne fait rien", et "rattacher ce nouvel organisme au ministère de
l'Intérieur" plutôt qu'au Premier ministre.
Alors que les positions de Nicolas Sarkozy sur la religion et la laïcité continuent de faire grincer des dents, les propos prêtés à Mme Mignon ont été vivement attaqués.
Daniel Vaillant, ancien ministre socialiste de l'Intérieur et des Cultes, estime pour sa part que les propos de la directrice de cabinet, s'ils ont été tenus, confirment que depuis l'élection de
Nicolas Sarkozy, "le combat contre les mouvements sectaires est sérieusement menacé" en France. Pour Daniel Vaillant, le lobbying mené depuis des années par cette organisation pour bénéficier d'un
statut protecteur et fiscalement avantageux "rencontre la bienveillance de celui qui ne cachait pas sa fierté il y a quelques années de recevoir le VRP de cette organisation."
Alors qu'il était ministre de l'Economie et des Finances, Nicolas Sarkozy avait accueilli le 30 août 2004 à Bercy l'acteur américain Tom Cruise, membre de l'Eglise de scientologie, classée par la
Miviludes comme une secte.
"Aujourd'hui, des conseillers du président vont jusqu'à banaliser des mouvements tels que la scientologie", ajoute-t-il.
Même le camp de l'UMP est ému par ces propos:
Alain Gest (UMP), membre du conseil d'orientation de la Miviludes, a fustigé "une méconnaissance totale" de la question des sectes.
Jean-Pierre Raffarin, l’ancien Premier ministre, a donné quelques conseils à Emmanuelle Mignon: «S’exprimer, c’est un métier. On ne passe pas de l’ombre à la lumière sans éclat. Et donc, ce genre
de polémique, on s’en passerait, surtout en période électorale.»
Le souverainiste de droite Nicolas Dupont-Aignan a appelé le chef de l'Etat à "clarifier la position de l'Etat".
François Bayrou (MoDem) s'est indigné d'"une réhabilitation de la Scientologie". Il a rappelé la visite en 2004 de l'acteur américain Tom Cruise, adepte de ce groupe, à Nicolas Sarkozy, alors
ministre de l'Economie.
"L'historien allemand de renom Guido Knopp a comparé l'acteur et membre de l'église de la scientologie Tom Cruise au ministre nazi de la propagande Joseph Goebbels, dans un article paru dimanche.
"Tom Cruise se met en scène comme Goebbels", a dit à la Bild am Sonntag l'expert de la Deuxième Guerre mondiale après avoir visionné une vidéo où la vedette hollywoodienne fait un discours devant
des membres de la scientologie.
Dans cette vidéo qui remonte à quatre ans, visible sur l'internet et dont Bild publie des photos, Tom Cruise en costume, chemise et cravate noirs, adossé à un pupitre en marbre et dorures orné du
symbole de la scientologie et avec derrière lui une énorme carte du monde, lance : "Should we clean this place up?" ("Devons-nous nettoyer ce monde?"). Une foule l'accueille avec un "Yes" ("Oui")
massif.
"Il est possible que la manière de parler de Cruise soit assez courante dans nombreux “mouvements d'éveil” aux Etats-Unis," mais "par la force des choses, cette scène rappelle pour chaque Allemand
qui s'intéresse à l'Histoire le tristement célèbre discours de Goebbels au Palais des sports," souligne Knopp dans le journal. Le 18 février 1943, Gebboels avait hurlé dans le Palais des sports de
Berlin : "Voulez-vous la guerre totale?", approuvé à l'unanimité par une foule en délire."
Rappelons quelques données sur la Scientologie:
Le but de la Scientologie étant de faire progresser l'homme, de le débarrasser de tout ce qui bloque son mental et nuit à son épanouissement, l'adepte doit commencer par une purification, avec
jogging, sauna et cure survitaminée. La seconde étape est d'éliminer "les engrammes, c'est-à-dire les mauvais souvenirs qui seraient responsables de nos maladies psychosomatiques, parasiteraient
nos pensées, altéreraient nos jugements." Une forme de psychanalyse par la verbalisation a pour objectif de sonder le passé, voire les vies antérieures. L'audition de l'adepte se déroule, vernis
scientifique oblige, à l'aide d'un électromètre, appareil inventé par Hubbard pour localiser les engrammes. L'appareil, dont l'aiguille ne bouge plus quand, à l'évocation d'un mauvais souvenir, il
n'y a plus d'engrammes, "n'est rien d'autre qu'un leurre destiné à donner un aspect scientifique à une opération qui n'a rien de tel".
Pour donner un peu plus de consistance scientifique à ses théories, Hubbard les a assorties, sur le mode des "lapalissades", de 194 axiomes. "Rappel de la définition d'un axiome selon le Petit
Robert : une vérité indémontrable ! Pratique."
Pour Arnaud Palisson, auteur de "La Grande Enquête sur la Scientologie, une secte hors la loi", les activités de la Scientologie contiennent de nombreuses infractions à la loi. En fait
"l'électromètre est un simple ohmmètre" [...] "dans un joli boîtier", vendu à un prix prohibitif, pratique qui relève de la tromperie en droit de la consommation. Les séances d'audition et autres
tests de personnalité peuvent être considérés comme de l'"escroquerie en bande organisée." La démarche de purification s'apparente à un exercice illégal de la médecine. "Pire : les scientologues se
substituent parfois aux psychiatres en mettant à l'isolement durant des semaines (voire des mois) des adeptes qu'ils jugent psychotiques." On pourrait se demander pourquoi la Scientologie n'est pas
inquiétée, mais les choses seraient en train de changer avec plusieurs instructions judiciaires en cours en France et en Europe. L'utilisation par les juges de la thèse d'Arnaud Palisson "semble
avoir conduit à une requalification de certains faits visant de hauts responsables de la secte, susceptibles d'aboutir à une repression accrue".